Mars 2017 | Vol. 7 | N°3 Pratiques d'ici Imprimer cet article Imprimer cet article

Le DPIS, un stage à la puissance dix pour le développement de compétences stratégiques

| mars 2017

Le DPIS, acronyme pour développement de produits et intégration des systèmes, est un projet d’apprentissage expérientiel qui simule un environnement de travail réel de l’industrie aérospatiale pour la conception et le développement de produits.

Créé en 1999 par le CAMAQ – Comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale – sous l’impulsion des grandes entreprises du domaine, c’est une option du programme conjoint de maîtrise en génie aérospatial offert par six universités québécoises – Polytechnique Montréal, École de technologie supérieure, Concordia, McGill, Laval et Sherbrooke en collaboration avec Bombardier Aérospatial, Pratt & Whitney et Bell Helicopter Textron. Dassault Systèmes, Transport Canada et l’École nationale d’aérotechnique sont aussi associés au projet.

Le CAMAQ agit comme chef d’orchestre du DPIS animant la collaboration entre tous ces acteurs et coordonnant un certain nombre d’activités du projet. Les labels familiers Laboratoire CAMAQ et Projet CAMAQ révèlent l’importance du rôle joué par le Comité sectoriel.

À l’Observatoire, nous avons identifié le DPIS comme une bonne pratique d’ici parce qu’il illustre que le partenariat de formation écoles-entreprises peut emprunter des formes qui renouvellent le genre, là où le stage traditionnel s’avère limité, comme c’est le cas ici pour le développement de compétences qui ne s’acquièrent qu’au bout de plusieurs années de pratique professionnelle en milieu de travail. Ce projet est une source d’inspiration pour quiconque s’intéresse aux besoins de compétences stratégiques qui requièrent du temps à développer. Nous avons rencontré Nathalie Paré, directrice générale du CAMAQ, pour nous en parler.

Description du projet

Le DPIS réunit de 15 à 18 d’étudiant(e)s sélectionné(e)s par les entreprises. Elles les reçoivent en entrevue et les choisissent sur la base de critères académiques – une moyenne de 3 sur 4 et n’avoir pas d’échecs – mais aussi et beaucoup sur la base de leurs aptitudes. Les entreprises, dit Nathalie Paré, doivent avoir le sentiment que le candidat va apporter une bonne contribution à l’équipe et qu’il va acquérir des compétences qu’il n’a pas déjà. Les entreprises cherchent aussi à composer une équipe multiculturelle et multidisciplinaire avec des étudiant(e)s provenant de différents pays – en 2015-2016, Canada, France, Inde, Espagne, Iran et Venezuela – et de différentes spécialités du génie aérospatial.

Les étudiant(s)s du DPIS ont à concevoir un produit complexe – un mât réacteur qui va lier un moteur de Pratt & Whitney au fuselage d’un CRJ 700 de Bombardier – sous la supervision étroite d’ingénieurs et de professionnels de Bombardier Aérospatial, Pratt & Whitney, Bell Helicopter Textron et depuis deux ans, Transports Canada. Pour ce faire, ils ont accès à tous les plans originaux du moteur et du fuselage. Ce qui explique que le Laboratoire CAMAQ soit en circuit fermé. Il est utile de préciser que le moteur n’est pas conçu pour cet avion; une mesure de précaution pour éviter la commercialisation éventuelle du produit. À la fin du projet, les techniciens de l’École nationale d’aérotechnique fabriquent le produit ; une belle occasion de formation pour eux.

Les entreprises investissent de façon importante dans le DPIS. D’abord financièrement, Bombardier Aérospatial, Pratt & Whitney et Bell Helicopter Textron donnent ensemble 45 milles dollars pour des bourses, un montant répartit à part égale entre les étudiant(e)s. Ensuite, en ressources professionnelles. Deux à quatre ingénieurs par entreprise sont dédiés au projet et chacun consacre un minimum de 200 heures à l’encadrement des étudiant(e)s.

Modus operandi

Les étudiant(e)s du DPIS disposent d’un budget virtuel de 700 000$. Au début du projet, ils créent une entreprise fictive dont la structure organisationnelle peut varier d’année en année. En 2015-2016, Pyloneers Inc. comprend six départements : management pour la gestion globale du projet, structures et systèmes pour la conception du mât réacteur, fabrication, essais et certification. Ils s’attribuent ensuite les rôles, la même année ceux-ci : project manager, vice-project manager, configuration manager, team leader, structure specialist, systems specialist, manufacturing specialist, testing specialist, certification specialist.

Les activités se déroulent dans le « Laboratoire CAMAQ » situé à l’École Polytechnique de Montréal. Ce laboratoire est réservé aux étudiant(e)s du DPIS. Équipé pour l’ingénierie numérique et l’approche PLM 1)Le Product Lifecycle Management (PLM) est une approche d’ingénierie numérique qui assure la création collaborative mettant en relation l’ensemble des intervenants participant à la conception d’un produit. Répandue dans les industries de l’aérospatial et de l’automobile qui ont été les premières à l’adopter, le PLM gagne de plus en plus les autres secteurs manufacturiers. – la norme dans l’industrie – il est à la fine pointe de la technologie avec des ordinateurs, un tableau électronique tactile, le logiciel CATIA V6 fourni à faibles coûts par Dassault Systèmes (une version en avance sur les entreprises) et une imprimante 3D pour faire les modélisations du produit.

La petite équipe doit livrer le mât réacteur à leur client Bombardier Aéronautique, interagir avec leur partenaire-fournisseur Pratt & Whitney Canada, faire certifier leur produit sous l’égide de Bell Helicopter Textron et Transports Canada. Dassault système est également présent pour une partie du support PLM et l’ÉNA sert de sous-traitant pour la fabrication de la pièce de test. Le volet académique, la coordination des activités du projet et la supervision des étudiants est assurée par une équipe dédiée au sein de Polytechnique Montréal.

Le projet est d’une durée de huit mois et les étudiant(e)s respectent un échéancier strict allant des mois de septembre à avril. Le processus suivi pour la réalisation des travaux est le même qu’en industrie. En septembre, ils présentent une carte de route du projet et la validation des requis (requirements review). En octobre, ils présentent le concept du produit et les méthodologies de développement (advanced concept review). En décembre, ils présentent la conception préliminaire du produit avec plan et calcul des charges et dimensionnement (preliminary design review). C’est une étape difficile, dit Nathalie Paré, parce qu’ils doivent défendre leur solution devant les entreprises qui la remettent en question. Ils retournent à leur planche à dessin et en février, ils présentent la conception détaillée du produit avec analyse et test, la stratégie de fabrication et l’analyse de fiabilité et de sécurité (critical design review). En février et mars la pièce réelle est fabriquée par l’ÉNA pour ensuite passer les tests de certification. Et au mois d’avril, c’est la présentation du plan de production, du plan de certification finale et du plan d’affaires optimisé (product readyness review). Cette étape marque la fin du projet et elle fait l’objet d’une présentation devant un public d’entreprises, de professeurs et d’étudiants.

Durant toutes ces étapes, les étudiant(e)s sont encadrés par les ingénieurs de Pratt et Whitney, Bombardier, Bell Helicopter et Transports Canada. Ces professionnels agissent comme des coaches préparant et supportant les étudiant(e)s et comme des clients quand vient le temps d’évaluer ce qu’ils font. Les ingénieurs, dit Nathalie Paré, ont le souci de les laisser expérimenter assez loin pour qu’ils commettent des erreurs dans un environnement contrôlé, pour leur permettre de comprendre et d’apprendre, tout en s’assurant qu’ils vont bien se rendre au produit final.

Retombées

Les étudiant(e)s du DPIS expérimentent des responsabilités et des tâches qui sont confiées à des ingénieurs seniors dans l’industrie. Pour l’essentiel, ils acquièrent des compétences techniques relatives à l’intégration de systèmes et au développement de produits dans un environnement d’ingénierie numérique à la fine pointe de la technologie, mais aussi et surtout, dit Nathalie Paré, des compétences soft : comment travailler en équipe, comment travailler avec un client, comment travailler avec des requis qui changent, avec un budget, un échéancier, des délais serrés, avec une production, des compétences qui ne s’acquièrent pas sur les bancs d’école. Parmi ces compétences, il en est une particulièrement stratégique pour l’industrie, c’est la capacité de démontrer à Transport Canada que le produit conçu est sécuritaire, fiable et conforme au plus grand nombre de requis possible, poursuit Nathalie Paré.

Les ingénieurs qui encadrent les étudiants du DPIS estiment qu’ils acquièrent en moins d’un an, l’équivalent de deux à quatre années de pratique professionnelle. Pas étonnant qu’aux termes du projet ces ingénieurs soient très en demande dans l’industrie.

Notes   [ + ]

1. Le Product Lifecycle Management (PLM) est une approche d’ingénierie numérique qui assure la création collaborative mettant en relation l’ensemble des intervenants participant à la conception d’un produit. Répandue dans les industries de l’aérospatial et de l’automobile qui ont été les premières à l’adopter, le PLM gagne de plus en plus les autres secteurs manufacturiers.

En savoir plus

Le site du Projet DPIS.

Les étudiants produisent des vidéos sur leur expérience. En voici deux qui nous plongent dans l’univers du DPIS et nous font comprendre rapidement (en moins de 10 minutes) la richesse et les apports de ce projet d’apprentissage expérientiel :
Camaq Project 2012-2013
DPIS Project 2015-2016 – Pyloneers Inc. (Camaq)

À chaque année, les étudiant(e) produisent une brochure sur leur expérience. Celle-ci n’est généralement pas accessible au grand public, sauf celle de l’équipe de 2015-2016 : Pyloneers Inc.

Le projet a aussi fait l’objet d’un article scientifique intitulé The CAMAQ project: a virtual immersion in aerospace industry practices produit par des professeurs de Polytechnique et publié dans World Transactions on Engineering and Technology Education en 2006.

 

 

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